MANIFESTE POUR UNE WALLONIE SOUVERAINE ET PROSPÈRE
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Proposition de création d’un Cluster d’Innovation Numérique au service des Domaines d’Innovation Stratégiques de la Wallonie

Porté par une initiative citoyenne d’industriels, d'entrepreneurs et de chercheurs de terrain. Co-signataires initiaux : Hervé Bath (Fondateur d’Euranova) & Gaël Rouvroy (Fondateur d’IntoPIX)

PRÉAMBULE : Un engagement citoyen

Notre démarche est avant tout un acte citoyen, guidé par la bienveillance, le sens des responsabilités et l’attachement profond que nous portons à l’avenir de notre Région.

Nous tenons d’abord à saluer la qualité du travail réalisé par le Gouvernement wallon, l’Administration et l’ensemble des acteurs mobilisés dans la préparation du futur plan d’innovation. Nous partageons pleinement son ambition : renforcer la compétitivité de la Wallonie, soutenir les transitions en cours et préparer notre économie aux défis des prochaines décennies.

Notre intention n’est pas de remettre en cause les orientations proposées, mais de contribuer à les renforcer. Parce que les choix qui seront posés aujourd’hui structureront durablement notre écosystème d’innovation, nous souhaitons proposer une solution pour organiser le numérique dans ce plan pour maximiser son impact.

C’est dans cet esprit constructif que nous prenons aujourd’hui la parole. Notre objectif est d’enrichir la réflexion collective et de proposer une solution fédératrice susceptible de renforcer la prospérité, la croissance économique et la souveraineté technologique de la Wallonie.

CHAPITRE 1 : L’ambition régionale

1. Un alignement nécessaire sur la rationalisation (S3)

Le constat de départ posé par la Région est lucide : notre écosystème souffre d'une fragmentation historique, d'une multiplicité de structures et d'un manque de lisibilité qui diluent l'impact des deniers publics. Concentrer les ressources régionales autour d'un nombre restreint de priorités thématiques, synchronisées sur les cycles européens de la Stratégie de Spécialisation Intelligente (S3) pour la période 2028-2034, est la seule voie viable pour positionner la Wallonie à l'international.

De la même manière, le choix des quatre Domaines d'Innovation Stratégiques (DIS) « verticaux » retenus par le gouvernement fait sens au regard du tissu industriel et de l'emploi en Wallonie :

  • Santé, Biopharma & Dispositifs Médicaux
  • Construction & Infrastructures
  • Agroalimentaire & Bioéconomie
  • Aérospatial, Sécurité & Défense

Chacun de ces secteurs représente un pilier économique majeur pour notre avenir.

2. La flèche transversale : un moteur commun pour la compétitivité et la souveraineté technologique

Le futur plan d’innovation wallon a le grand mérite de reconnaître le caractère transversal du numérique et son importance pour l’ensemble des Domaines d’Innovation Stratégiques (DIS). Cette vision constitue une base solide, car elle souligne que les technologies numériques irriguent désormais tous les secteurs de l’économie.

Nous pensons toutefois qu’il est possible d’aller encore plus loin dans cette ambition. Le numérique n’est plus seulement une technologie de support qui accompagne les transformations sectorielles. Il est devenu une capacité stratégique à part entière, qui constitue l’infrastructure critique, le système nerveux et le moteur de compétitivité de l’ensemble des chaînes de valeur.

L’intelligence artificielle, la cybersécurité, les logiciels, les données, l’électronique et les technologies immersives ne sont pas uniquement au service des différents secteurs : elles conditionnent leur réussite. Il n’y aura pas de biopharma de nouvelle génération sans IA et sans gestion souveraine des données de santé, pas de construction intelligente sans modélisation et jumeaux numériques, pas de défense moderne sans systèmes logiciels autonomes et sécurisés.

CHAPITRE 2 : Renforcer la souveraineté technologique par le numérique et la propriété intellectuelle

1. Le paradoxe wallon de la R&D

La Wallonie est régulièrement qualifiée de « Strong Innovator » par les baromètres européens, forte d'un effort de R&D exceptionnel qui s'élève à environ 3,3 % de son PIB. Pourtant, ce dynamisme scientifique cache une réalité économique sous-optimale : notre PIB par habitant n'atteint que près de 85 % de la moyenne de l'Union européenne.

Pourquoi une telle déconnexion ? Parce que notre Région souffre d'un déficit chronique de valorisation industrielle et commerciale. Notre indice régional de dépôt de brevets plafonne à 83,5, contre une moyenne européenne de 100. Nous finançons la recherche, nous subventionnons l'idéation, mais nous échouons collectivement à transformer cette matière grise en actifs économiques durables et exportables.

2. Deep Tech et Complexité : la valeur au-delà du code

Dans le domaine du numérique, cet échec de valorisation est exacerbé par une incompréhension de la nature de la création de valeur technologique. À l'ère de l'intelligence artificielle générative et de l'automatisation, le code brut, à lui seul, devient une barrière à l'entrée de plus en plus fragile. Conserver le secret technologique est difficile, et le simple droit d'auteur (copyright) sur un logiciel s'avère souvent insuffisant face à la vitesse de réplication des algorithmes.

La véritable prospérité de la Wallonie dépend de sa capacité à faire émerger des entreprises de la « Deep Tech » capables de construire des produits d'une forte complexité. La valeur technologique réside aujourd'hui dans l'architecture algorithmique de rupture, le traitement avancé du signal, ou les cœurs de propriété intellectuelle (PI). Les brevets doivent ici retrouver une place centrale dans la stratégie industrielle wallonne, non comme simple instrument juridique défensif, mais comme levier de souveraineté, de valorisation économique et de négociation internationale.

La réalité du terrain nous montre que la réussite d'une entreprise technologique repose également sur l'exécution : la maîtrise de la complexité de son produit, son adéquation parfaite avec les besoins (product-market fit) et une stratégie de commercialisation redoutable (go-to-market). C’est cette combinaison, une technologie complexe, une protection intelligente (brevets, modèles) et une exécution commerciale rapide, qui permet d’atteindre une croissance exponentielle, de capter des marchés mondiaux et de sécuriser l'ancrage des entreprises sur notre territoire. Le plan d'innovation doit impérativement soutenir ces dynamiques complexes pour positionner la Région Wallonne comme un acteur international du domaine.

3. La fuite des cerveaux et le piège de la “double peine”

L'absence de structures ambitieuses dédiées à la création technologique de pointe génère un risque majeur de fuite des cerveaux. Si la Wallonie se contente de financer des projets d'intégration de solutions logicielles américaines ou asiatiques, nos meilleurs ingénieurs et chercheurs en intelligence artificielle, en cybersécurité ou en microélectronique ne trouveront pas localement les défis à la hauteur de leurs talents.

Faute d'un écosystème créateur de propriété intellectuelle, ils s'expatrieront vers des pôles d'innovation internationaux (comme la Silicon Valley) pour y concevoir les standards de demain. Ce phénomène engendre une véritable « double peine » économique et stratégique pour notre Région : nous investissons massivement dans l’excellence de notre enseignement universitaire pour former des esprits brillants qui s'exportent, pour finalement devoir racheter à prix d'or les technologies propriétaires qu'ils auront eux-mêmes développées à l'étranger. Pour retenir nos talents, nous devons leur offrir un terreau local d'innovation de rupture.

4. Fluidifier la courroie de transmission Universités-Industrie

Le passage vers une économie fondée sur la propriété intellectuelle représente une formidable opportunité pour la Wallonie de valoriser davantage l'excellence de sa recherche et la capacité d'innovation de ses entreprises. Nos universités disposent de chercheurs de renommée internationale, de plateformes technologiques de pointe et d'un portefeuille remarquable de découvertes scientifiques. Nos entreprises, quant à elles, possèdent l'expertise, l'agilité et la capacité d'industrialisation nécessaires pour transformer ces avancées en produits, services et actifs stratégiques créateurs de valeur.

L'enjeu est aujourd'hui d'intensifier et d'accélérer ces synergies. Les entreprises technologiques wallonnes ont besoin d'un accès fluide aux connaissances émergentes afin de pouvoir les co-développer, les protéger par la propriété intellectuelle et les porter rapidement vers les marchés internationaux. De leur côté, les chercheurs bénéficient de collaborations étroites avec des entrepreneurs capables de transformer leurs innovations en impacts économiques et sociétaux concrets.

Le futur plan d'innovation peut jouer un rôle déterminant en favorisant des mécanismes de transfert technologique plus simples, plus rapides et plus collaboratifs. En créant un environnement propice aux interactions directes entre laboratoires, entrepreneurs, investisseurs et acteurs publics, la Wallonie peut renforcer sa capacité à transformer son excellence scientifique en leadership technologique, en croissance économique et en emplois durables.

CHAPITRE 3 : Les périls de la fragmentation et l'impératif de souveraineté

1. La duplication stérile des efforts et la perte de fertilisation croisée

En l'état, l'architecture du plan risquerait que les compétences numériques soient éclatées et absorbées au sein de chaque Domaine d'Innovation Stratégique (DIS). Nous aurions ainsi de l'intelligence artificielle pour la santé d'un côté, de la microélectronique pour l'industrie de l'autre, ou encore de la cybersécurité isolée dans le pôle défense.

Cette approche en silos pourrait aller à l'encontre de la nature même des technologies numériques, qui reposent sur la fertilisation croisée. Un modèle d'intelligence artificielle développé pour analyser ou compresser des images satellitaires de très haute résolution (Aérospatial & Défense) utilise les mêmes fondements algorithmiques qu'un modèle conçu pour interpréter des imageries médicales complexes (Santé & Biopharma). En fragmentant ces expertises dans des verticaux étanches, la Wallonie s'exposerait à une redondance coûteuse, diluant ses moyens financiers et humains, et s'interdisant d'atteindre la masse critique nécessaire pour peser à l'international.

2. La souveraineté numérique : une construction par couches, pas une option

La prospérité de nos industries verticales (santé, construction, agroalimentaire, défense) dépendra de leur capacité à opérer dans un environnement de confiance. Or, la souveraineté technologique ne se décrète pas au niveau de la seule application finale ; elle se construit par couches successives et interdépendantes. Si nous bâtissons nos innovations sectorielles exclusivement sur des infrastructures, des modèles d'IA et des capacités de calcul détenus par des acteurs extra-européens, nous créons une illusion d'innovation. La véritable indépendance exige de maîtriser l'ensemble de la pile technologique, des centres de données locaux à l'entraînement des algorithmes sur nos propres données sécurisées.

3. L'échiquier européen : le risque de l'invisibilité

L'Union européenne déploie actuellement des moyens colossaux pour structurer son indépendance technologique (programmes Digital Europe, initiatives autour de l'IA de confiance, régulations telles que l'AI Act). L'Europe met en place des AI Factories et ouvre l'accès à des supercalculateurs de classe mondiale. Face à ces dynamiques continentales, la Wallonie ne peut pas se présenter en ordre dispersé. Si notre écosystème numérique reste fragmenté en sous-comités au sein de pôles non-spécialisés, nous serons incapables de capter ces financements européens massifs.

CHAPITRE 4 : La solution opérationnelle – un « cluster cœur » en PPP

1. Un Méta-Cluster d'Innovation Numérique inter-DIS

Pour renforcer l'architecture globale voulue par le Gouvernement, nous proposons la création officielle d'un Cluster d'Innovation Stratégique spécifique au Numérique (IA, cybersécurité, logiciel, XR, data, microélectronique et traitement de l'image, …).

Ce cluster agirait comme un « méta-cluster inter-DIS » ou un véritable cœur d'innovation. Son rôle ne serait pas de concurrencer les quatre DIS verticaux, mais de les innerver en leur fournissant des briques numériques stratégiques, des plateformes technologiques mutualisées et des compétences transversales expertes. Il permettrait de partager les coûts de développement des infrastructures communes, favorisant ainsi des économies d'échelle majeures pour la Région.

hub

CLUSTER CŒUR
NUMÉRIQUE

health_and_safety
SANTÉ &
SCIENCES
construction
CONSTRUCTION
& MATÉRIAUX
agriculture
AGROALIMENTAIRE
DE POINTE
rocket_launch
AÉROSPATIAL,
SÉCURITÉ

2. Une gouvernance « Bottom-Up » orientée vers l'impact

Pour être efficace, la gouvernance du Cluster Cœur doit adopter une nouvelle approche résolument bottom-up, pilotée par les « faiseurs » : les entreprises technologiques, les scale-ups, et les acteurs de la recherche appliquée. Nous préconisons un modèle où le Conseil d'Administration est dirigé par des industriels du numérique non rémunérés pour cette fonction, appuyé par un Conseil Scientifique. Ce modèle garantit une éthique irréprochable et une connexion directe et réactive avec les besoins réels du marché.

3. Le levier du Partenariat Public-Privé (PPP)

Ce nouveau cluster sera le véhicule idéal pour structurer des Partenariats Publics-Privés (PPP) agiles et ambitieux. En unissant les forces publiques (financement régional), le monde académique (apport en nature, infrastructures, chercheurs) et les entreprises privées (co-financement et industrialisation), nous créerons un écosystème capable de générer massivement cette fameuse propriété intellectuelle brevetable et valorisable par les entreprises actives dans les DIS. C'est par ce mécanisme de co-développement que nous transformerons nos découvertes scientifiques en innovations tangibles, ancrées dans le tissu industriel wallon.

4. De la subvention à la valorisation : un pôle d'attractivité pour les fonds d'investissement

Il s'agit ici d'ancrer cette démarche dans une véritable logique de responsabilisation économique, en adéquation avec la position politique de la Région affirmant sa volonté de ne plus maintenir les entreprises wallonnes dans une dépendance excessive aux subsides publics. Ce modèle ne doit en aucun cas être perçu comme un énième guichet d'aides étatiques, mais comme un générateur d'actifs technologiques à haut potentiel.

En sécurisant la propriété intellectuelle (Deep Tech, brevets) et en fluidifiant la validation du marché (product-market fit), ce Cluster Cœur se positionnera comme une plateforme attractive pour les fonds d'investissement (Venture Capital, Private Equity) nationaux et internationaux en quête de rentabilité. C'est par ce levier de capitalisation privée, attiré par des fondamentaux solides et une création de valeur mesurable, que nous financerons le passage à l'échelle de nos champions technologiques mondiaux.

CONCLUSION : Une main tendue pour co-construire

La réforme S3 et la restructuration des clusters offrent à la Wallonie une opportunité exceptionnelle de renforcer durablement son écosystème d’innovation. Les choix qui seront posés aujourd’hui façonneront les capacités de notre Région pour les sept prochaines années et peuvent lui permettre de franchir une nouvelle étape en matière de compétitivité, de création de valeur et de souveraineté technologique.

Nous sommes convaincus que la Wallonie dispose de tous les atouts nécessaires : des entreprises innovantes, des centres de recherche de niveau international, des universités reconnues et des pouvoirs publics engagés. En renforçant encore la structuration du numérique et des technologies de rupture, ces forces pourront être davantage mises en réseau au service de l’ensemble des secteurs stratégiques.

En tant qu’acteurs de terrain, notre démarche est résolument constructive. Nous souhaitons contribuer, aux côtés du Gouvernement wallon, des instances régionales et des acteurs industriels, à faire émerger une vision commune capable d’amplifier l’impact du plan et de maximiser les retombées économiques, technologiques et sociétales pour la Wallonie.

L’ambition est à notre portée : faire du numérique le moteur partagé de l’innovation wallonne et un levier de prospérité pour les décennies à venir.

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